đ° Rupture conventionnelle : plus chĂšre, moins attractive... et pourtant incontournable
#67 â MaĂźtriser les chiffres pour maĂźtriser la nĂ©gociation
Au programme de cette édition :
âïž ProcĂ©dure de rupture conventionnelle : les points de vigilance issus de la jurisprudence
đ€ NĂ©gociation apaisĂ©e : comment gĂ©rer la dimension Ă©motionnelle et financiĂšre du dĂ©part
đ¶ Indemnisation du salariĂ© : comment chiffrer prĂ©cisĂ©ment ce quâil va toucher
đ DĂ©lais de carence : projeter le calendrier de versement des allocations chĂŽmage
â±ïž Temps de lecture : 14 minutes.
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Avant de dĂ©marrer, je vous partage une ressource que jâutilise Ă titre personnel : elle est proposĂ©e par le Code du travail numĂ©rique, sponsor de cette Ă©dition.
Simulez en quelques clics une indemnité de rupture conventionnelle
NĂ©gocier une rupture conventionnelle implique de maĂźtriser les chiffres avant mĂȘme de dĂ©marrer les discussions. Pour y parvenir, le Code du travail numĂ©rique met Ă disposition un simulateur gratuit pour calculer lâindemnitĂ© de rupture conventionnelle, en intĂ©grant les rĂšgles de trĂšs nombreuses conventions collectives.
Un outil simple, fiable, qui vous permet dâavancer sereinement dans le processus.
Vous pouvez accĂ©der au simulateur en cliquant đ ici.
PS : dans une logique dâamĂ©lioration continue, les Ă©quipes du Code du travail numĂ©rique sont trĂšs attentives aux retours utilisateurs. NâhĂ©sitez donc pas Ă leur faire part de vos remarques en cliquant sur "Donner mon avis" sous le simulateur.
Bonjour Ă toutes et Ă tous,
JâespĂšre que vous allez bien en ce dĂ©but mars. Ravi de vous retrouver pour cette seconde Ă©dition Infographies dâUn CoĂ»t dâAvance.
Depuis quelques semaines, la rupture conventionnelle fait beaucoup parler dâelle, et pour cause : deux Ă©volutions rĂ©centes viennent en modifier lâĂ©quilibre.
Dâun cĂŽtĂ©, la contribution patronale assise sur lâindemnitĂ© de rupture est passĂ©e de 30 % Ă 40 % au 1er janvier 2026. De lâautre, la durĂ©e maximale dâindemnisation chĂŽmage devrait ĂȘtre rĂ©duite â de 18 Ă 15 mois pour les moins de 55 ans, de 27 Ă 20,5 mois pour les 55 ans et plus â sous rĂ©serve des derniĂšres Ă©tapes dâadoption (les syndicats ayant jusquâau 23 mars pour se prononcer avant un vote du Parlement).
RĂ©sultat : le dispositif coĂ»te plus cher Ă lâentreprise et couvre moins les salariĂ©s. De quoi alimenter les discours sur sa "perte dâattractivitĂ©".
Pourtant, je ne crois pas (encore) Ă une baisse massive du nombre de ruptures conventionnelles. Les chiffres parlent dâeux-mĂȘmes : 514 000 ruptures conventionnelles homologuĂ©es par an en 2023 et 2024 et une tendance similaire en 2025 (source Dares) et ce, malgrĂ© une premiĂšre hausse de contributions dĂ©jĂ intervenue en septembre 2023. La rĂ©sistance du dispositif face Ă lâaugmentation des coĂ»ts est, pour lâinstant, remarquable.
Ce qui pourrait changer, en revanche, câest la posture du salariĂ©. Moins bien indemnisĂ© dans la durĂ©e, il pourrait se montrer plus exigeant Ă la table des nĂ©gociations ou plus rĂ©ticent Ă sây asseoir.
Câest prĂ©cisĂ©ment pour cette raison que je souhaite aborder le sujet au sein de cette Ă©dition. Au programme :
comment sĂ©curiser votre procĂ©dure de rupture conventionnelle grĂące aux arrĂȘts rĂ©cents de la Cour de cassation ?
comment chiffrer précisément ce que le salarié va toucher et selon quel calendrier pour négocier sereinement ?
Bonne lecture.
PS : comme toujours, vos retours sont prĂ©cieux : un like, un vote en fin dâĂ©dition, un message LinkedIn ou un mail⊠Tout me va ! Ces contenus sont pensĂ©s pour amĂ©liorer vos pratiques juridiques, RH et financiĂšres, alors nâhĂ©sitez pas.
đ° Rupture conventionnelle : maĂźtriser la procĂ©dure et ses consĂ©quences financiĂšres
Les raisons amenant Ă envisager une rupture conventionnelle peuvent ĂȘtre nombreuses. MĂȘme si cette rupture se fait dâun commun accord, il existe souvent une partie "plus dâaccord que lâautre" (et ce nâest pas forcĂ©ment lâentreprise) pour mettre un terme au contrat de travail.
Attention, je ne dis absolument pas que lâautre partie nâa pas librement consenti Ă cette rupture. Simplement, il existait un dĂ©sĂ©quilibre dâintĂ©rĂȘts, ce qui est parfaitement normal.
AprĂšs 15 ans dâexpĂ©rience professionnelle, jâai nĂ©gociĂ© plusieurs dizaines de ruptures conventionnelles, pour le compte de diverses entreprises (et parfois mĂȘme une fois pour mon propre compte !). Je me suis aperçu que pour mener Ă bien une telle procĂ©dure, il Ă©tait important de sâappuyer sur trois piliers :
SĂ©curiser lâentreprise au plan procĂ©dural
Sécuriser "émotionnellement" le salarié
Donner de la visibilité financiÚre au salarié
Et nous allons voir que les deux derniers aspects sont en rĂ©alitĂ© trĂšs liĂ©s. Je vous propose dâapprĂ©hender successivement ces trois points.
đĄ Les bons rĂ©flexes pour une procĂ©dure sĂ©curisĂ©e
Pour quâune rupture conventionnelle se dĂ©roule sans accroc, il est essentiel dâadopter une approche rigoureuse et mĂ©thodique. Certaines dĂ©cisions rĂ©centes de la Cour de cassation apportent dâailleurs des Ă©clairages prĂ©cieux sur des points de vigilance Ă ne pas nĂ©gliger.
Je vous dĂ©taille ici deux aspects clĂ©s Ă maĂźtriser pour Ă©viter tout risque dâinvalidation ou de litige avant de vous rappeler lâensemble de la procĂ©dure Ă respecter dans lâinfographie jointe.
1ïžâŁ Pas de dĂ©lai obligatoire entre lâentretien et la signature, mais gare Ă la preuve !
đ RĂ©fĂ©rence : Cass. soc. 13 mars 2024, n°22-10.551
Dans un arrĂȘt de mars 2024, la Cour de cassation a confirmĂ© quâaucun dĂ©lai minimal nâest imposĂ© entre lâentretien prĂ©alable et la signature de la rupture conventionnelle. En dâautres termes, les parties peuvent conclure immĂ©diatement aprĂšs lâentretien, sans quâun laps de temps obligatoire ne soit exigĂ©.
Faut-il pour autant se prĂ©cipiter ? Pas forcĂ©ment. Tout du moins, il faut ĂȘtre en mesure de dĂ©montrer que la signature de la rupture conventionnelle Ă©tait bien postĂ©rieure Ă lâentretien.
đ Les points Ă retenir :
Lâentretien prĂ©alable est obligatoire et doit toujours prĂ©cĂ©der la signature. Il sâagit dâun temps dâĂ©change permettant aux deux parties de discuter librement des modalitĂ©s de la rupture.
Un dĂ©lai court entre lâentretien et la signature peut ĂȘtre avantageux, car il Ă©vite de prolonger inutilement la pĂ©riode de travail et limite les coĂ»ts pour lâentreprise.
Toutefois, une signature prĂ©cipitĂ©e peut ĂȘtre risquĂ©e. Ă titre de bonne pratique (et c'est ma recommandation personnelle), laissez au moins 24 heures entre l'entretien et la signature. La date est souvent mentionnĂ©e sur le CERFA, rarement l'heure : ce dĂ©lai vous permettra de prouver sans ambiguĂŻtĂ© que la signature Ă©tait bien postĂ©rieure Ă l'entretien.
2ïžâŁ Modifier la convention aprĂšs signature = reprise complĂšte de la procĂ©dure
đ RĂ©fĂ©rence : Cass. soc. 16 octobre 2024, n°23-15.752
Un autre arrĂȘt a mis en lumiĂšre une exigence stricte : toute modification de la convention, mĂȘme minime, impose un redĂ©marrage complet de la procĂ©dure (nouvelle signature, nouveau dĂ©lai de rĂ©tractation, nouvelle homologation).
đ Les points Ă retenir :
Les erreurs, mĂȘme minimes, peuvent invalider lâaccord.
Un montant dâindemnitĂ© lĂ©gĂšrement infĂ©rieur au minimum lĂ©gal ou une date de rupture fixĂ©e trop tĂŽt suffisent Ă annuler la procĂ©dure, indĂ©pendamment de lâintention des parties.Chaque modification impose une reprise complĂšte de la procĂ©dure.
Cela signifie quâil ne suffit pas de corriger lâerreur ou dâobtenir une homologation administrative aprĂšs modification. La convention doit ĂȘtre Ă nouveau signĂ©e par les deux parties, avec un nouveau dĂ©lai de rĂ©tractation de 15 jours calendaires avant la demande dâhomologation.Les modifications doivent ĂȘtre partagĂ©es et validĂ©es avec le salariĂ©.
Lâaccord des deux parties est indispensable pour garantir la libertĂ© de consentement, pilier de la rupture conventionnelle. PrĂ©cisons que dans cette affaire, lâemployeur, qui sâĂ©tait vu notifier un refus dâhomologation, avait rectifiĂ© la convention de rupture sans en avertir le salariĂ© avant de solliciter une nouvelle homologation.
En définitive, la rÚgle est simple : zéro improvisation, zéro modification unilatérale. La rigueur procédurale n'est pas une contrainte administrative, c'est votre meilleure protection aux plans juridique et financier.
Ă titre de rappel, voici une infographie illustrant les grandes Ă©tapes dâune procĂ©dure de rupture conventionnelle, intĂ©grant les enseignements de ces arrĂȘts :
La procĂ©dure sĂ©curise l'entreprise. Reste la partie la plus dĂ©licate : rĂ©ussir Ă mener une nĂ©gociation sereine jusquâĂ son terme.
đ° DĂ©finition des modalitĂ©s de dĂ©part et estimation des consĂ©quences financiĂšres : les clĂ©s dâune nĂ©gociation apaisĂ©e
Mettre fin Ă une relation de travail qui a durĂ© potentiellement plusieurs annĂ©es peut ĂȘtre une Ă©tape difficile sur le plan Ă©motionnel pour le salariĂ©.
Cette difficulté tient, à mon sens, principalement à deux aspects :
lâimage quâil va renvoyer lors de son dĂ©part et, dâune certaine maniĂšre, le souvenir quâil va laisser Ă ses collĂšgues de travail
le manque de visibilitĂ© sur les moyens financiers dont il disposera Ă lâissue de son contrat de travail
Aussi, pour apaiser les discussions, il me semble indispensable dâadresser chacun de ces sujets.
1ïžâŁ Soigner les conditions du dĂ©part
Ce nâest peut-ĂȘtre pas le point que vous Ă©voquerez en premier mais il ne doit pas ĂȘtre mis de cĂŽtĂ©, loin de lĂ . Un dĂ©part en catimini du type "la personne sort un soir des effectifs sans faire de bruit" suscite toujours des interrogations : Pourquoi lâentreprise nâa pas communiquĂ© sur le dĂ©part ? Pourquoi nâa-t-on pas organisĂ© de pot de dĂ©part ?
Des questions sans réponse qui laissent un flou dans lequel toutes les interprétations peuvent prospérer, y compris les plus négatives.
Aussi, je vous recommande chaudement de communiquer de maniĂšre claire sur le dĂ©part, en informant la personne lors des discussions. LâidĂ©al est de pouvoir porter une communication commune, pas toujours simple en fonction du contexte et des discussions. Attention, vous nâavez pas Ă vous justifier du pourquoi mais, a minima, dâexpliquer que vous avez pris la dĂ©cision commune de mettre fin Ă la relation de travail.
Posez Ă©galement le sujet de la maniĂšre dont le salariĂ© souhaite marquer son dĂ©part : Ă©vĂšnement au sein de lâentreprise avec un mot de la direction ou de son reprĂ©sentant, format plus informel Ă lâextĂ©rieur de lâentreprise⊠L'essentiel est d'anticiper, pour que le dernier jour se passe de la meilleure maniĂšre possible.
2ïžâŁ Donner de la visibilitĂ© financiĂšre au salariĂ©
Lorsque lâon aborde le sujet de la rupture conventionnelle, on se focalise beaucoup sur le montant de lâindemnitĂ©. Câest certes un Ă©lĂ©ment central de la discussion mais il est rĂ©ducteur.
En effet, signer une rupture conventionnelle câest accepter de se retrouver sans emploi pendant une pĂ©riode dont on ne peut connaĂźtre la durĂ©e avec certitude. Aussi, le salariĂ© peut ĂȘtre tentĂ© de vouloir obtenir lâindemnitĂ© la plus importante possible pour sâassurer des ressources minimales durant cette pĂ©riode. Câest humain.
Mais ce raisonnement est souvent conditionnĂ© par le fait quâil ne sait pas ce quâil va toucher, non seulement lors de la rupture effective du contrat de travail, mais Ă©galement aprĂšs cette derniĂšre. Et lâinconnu est gĂ©nĂ©rateur de stress, dâangoisse, qui ne permettent pas des discussions sereines.
Aussi, je recommande de préparer trois éléments avec chaque discussion de rupture conventionnelle :
le montant des indemnités versées lors de la rupture (sur la base du minimum légal ou conventionnel)
le calendrier de versement des allocations chĂŽmage
le montant de lâallocation chĂŽmage journaliĂšre
Regardons ces points plus en détail :
đ° Montant des indemnitĂ©s de fin de contrat
En ce qui concerne le montant des indemnitĂ©s de fin de contrat, vous devez absolument simuler, avec lâaide Ă©ventuelle de votre service paie, le montant de toutes les indemnitĂ©s versĂ©es sur la derniĂšre paie :
le montant de lâindemnitĂ© de rupture conventionnelle (vous pouvez vous servir du simulateur du Code du travail numĂ©rique)
le montant de lâindemnitĂ© compensatrice de congĂ©s payĂ©s
le solde dâĂ©ventuels jours de RTT, JNT, RC⊠non pris
le montant dâĂ©ventuels prorata de primes
đš Point important : il faut raisonner en salaire net dâimpĂŽt pour pouvoir comparer ce montant avec ce que le salariĂ© perçoit habituellement.
Ce montant reprĂ©sente la ressource dont le salariĂ© va disposer dans lâattente du paiement de ses indemnitĂ©s chĂŽmage.
La question qui se pose ensuite est : quand va-t-il pouvoir bĂ©nĂ©ficier de son allocation chĂŽmage (si on part du postulat que les conditions dâouverture de ses droits sont remplies) ?
đ Calcul du calendrier dâindemnisation
La date de dĂ©part de lâentreprise ne coĂŻncide jamais avec le dĂ©but de lâindemnisation par France Travail. Pour que le salariĂ© soit indemnisĂ© il faut quâil sâinscrive (dĂšs le lendemain de la fin de son contrat pour faire au plus vite) et que lâon dĂ©compte ensuite les diffĂ©rents dĂ©lais de carence.
Dans le cas général, trois types de délai de carence peuvent s'additionner, dont voici les grandes lignes :
1. Le diffĂ©rĂ© spĂ©cifique liĂ© Ă la perception dâune indemnitĂ© de rupture supĂ©rieure au minimum lĂ©gal. Pour le calculer, il convient de diviser la part de lâindemnitĂ© de rupture supĂ©rieure au minimum lĂ©gal par 111,8 (valeur 2026). Ce report est toutefois plafonnĂ© Ă 150 jours (ou 75 jours en cas de rupture de contrat pour motif Ă©conomique). Dans certains cas, cette rĂšgle fait relativiser lâintĂ©rĂȘt dâaugmenter lâenveloppe de lâindemnitĂ© de rupture conventionnelle puisque cela aura un impact sur la date de dĂ©marrage de lâindemnisation par France Travail.
2. Le diffĂ©rĂ© congĂ©s payĂ©s : pour le calcul de cette carence, France Travail reporte le dĂ©but du versement des allocations chĂŽmage en fonction du montant de lâindemnitĂ© compensatrice de congĂ©s payĂ©s. Pour faire simple, il faudra diviser le montant de lâindemnitĂ© compensatrice de congĂ©s payĂ©s perçue sur le solde de tout compte par le montant du salaire journalier de rĂ©fĂ©rence (SJR). Ce diffĂ©rĂ© est limitĂ© Ă 30 jours.
đĄ Pour rappel, le SJR est Ă©gal au salaire moyen sur lequel est calculĂ© lâaide au retour Ă lâemploi. Dans le cas gĂ©nĂ©ral, il est Ă©gal Ă lâensemble des rĂ©munĂ©rations perçues sur les 24 derniers mois, divisĂ© par 730 jours.
Si vous ne voulez pas faire ces calculs, retenez que ce différé correspond généralement au nombre de jours de congés payés indemnisés sur le solde de tout compte (à 1 jour ou 2 prÚs, étant précisé que ce raccourci vaut pour un salarié à temps plein avec une rémunération stable).
3. Le dĂ©lai dâattente : cette carence incompressible de 7 jours calendaires s'applique Ă toutes les nouvelles inscriptions Ă France Travail.
đšSi un solde de RTT ou de JNT (jours non travaillĂ©s pour les forfaits jours) est indemnisĂ© lors du dĂ©part de lâentreprise, ils ne doivent pas gĂ©nĂ©rer de carence supplĂ©mentaire.
Pour illustrer le calcul et avoir une vue dâensemble de ces Ă©lĂ©ments, je vous propose lâinfographie suivante :
Le salarié sait maintenant combien de temps il devra attendre. Il lui reste à savoir combien il touchera et si c'est suffisant pour tenir.
đ¶ Estimation du montant des allocations chĂŽmage
Afin de calculer le montant des allocations chĂŽmage, il peut ĂȘtre utile dâutiliser les outils mis Ă disposition par France Travail. Cependant, le simulateur ne permet pas de raisonner en net dâimpĂŽt et donne donc une vue un peu "tronquĂ©e" des sommes que le salariĂ© va percevoir (dans un sens plutĂŽt nĂ©gatif dâailleurs).
Alors, pour vous aider Ă comprendre le calcul de lâindemnitĂ© rĂ©alisĂ© par France Travail, je vous propose de regarder un cas simple (en reprenant un salaire de 3500 euros brut), pour illustrer les diffĂ©rentes Ă©tapes.
đšPrĂ©cisions importantes : je ne prĂ©tends pas ici couvrir lâintĂ©gralitĂ© des situations car les rĂšgles de France Travail varient en fonction des Ă©lĂ©ments de contexte (absences durant le contrat, durĂ©e du dernier contrat, rĂ©munĂ©rations perçues avant le dernier contrat, droits ouverts restantsâŠ). Il est donc fortement conseillĂ© de regarder la situation prĂ©cise afin dâappliquer les bonnes rĂšgles.
Notez que, contrairement au salaire, on ne raisonne pas au mois mais au jour avec les indemnités chÎmage, sachant qu'un mois d'indemnisation équivaut toujours à 30 jours.
Regardons les différentes étapes :
1 - On dĂ©termine un salaire journalier de rĂ©fĂ©rence : pour ce faire, on prend la somme des rĂ©munĂ©rations perçues durant les 24 derniers mois (travaillĂ©s ou non) depuis la fin du dernier contrat que lâon divise par 730 (on prendra les 36 derniers mois divisĂ©s par 1096 si vous avez 55 ans ou plus)
2 - On applique tour Ă tour les 2 formules de calcul suivantes et lâon retient le rĂ©sultat le plus favorable :
âĄïž 57 % x salaire journalier de rĂ©fĂ©rence (SJR)
âĄïž 40,4 % x SJR + 13,18 âŹ
Cela nous donne le montant de lâindemnitĂ© chĂŽmage journaliĂšre brute appelĂ©e « allocation dâaide au retour Ă lâemploi » (ARE).
3 - On déduit les cotisations et contributions sociales éventuellement applicables sur l'ARE brute pour obtenir l'ARE net avant impÎt :
âĄïž Les cotisations retraites ( = 3 % du montant du SJR)
âĄïž La CSG/CRDS ( = 6,7 % x 98,25 % x (ARE brute - cotisations retraite))
đš Attention : les prĂ©lĂšvements de CSG/CRDS ne peuvent avoir pour effet de rĂ©duire l'ARE net Ă moins de 61 âŹ.
4 - On calcule le montant du prĂ©lĂšvement Ă la source que lâon va dĂ©duire du montant de lâARE net avant IR. Pour cela, on applique le taux de prĂ©lĂšvement Ă la source au montant de lâARE net imposable, que lâon obtient grĂące au calcul suivant :
âĄïž ARE net avant impĂŽt + CSG/CRDS non dĂ©ductible
On obtient ainsi le montant de lâARE net de prĂ©lĂšvement Ă la source.
Au final, dire que lâon va toucher 57 % de son salaire au chĂŽmage est incorrect car il faut :
â Raisonner sur la base dâun salaire moyen sur 2 ou 3 ans (les pĂ©riodes non travaillĂ©es peuvent avoir un impact important).
â Prendre en compte lâimpact des cotisations sociales (moins importantes sur les allocations chĂŽmage que sur du salaire brut).
â Prendre en considĂ©ration lâĂ©ventuelle baisse dâimpĂŽt liĂ©e Ă la diminution des revenus (pensez Ă ajuster votre taux de prĂ©lĂšvement Ă la source !).
Et pour rĂ©sumer lâensemble de ces Ă©tapes, je vous propose lâinfographie suivante :
Conclusion
La rupture conventionnelle nâa pas dit son dernier mot. Plus coĂ»teuse pour lâentreprise, potentiellement moins attractive pour le salariĂ© : les conditions ont changĂ©, mais le dispositif reste, de loin, le mode de sĂ©paration le plus apaisĂ© qui existe en droit du travail français.
Dans un contexte oĂč le dispositif coĂ»te plus cher et oĂč le salariĂ© aura moins de marges de manĆuvre cĂŽtĂ© chĂŽmage, une rupture mal prĂ©parĂ©e pourrait conduire Ă une impasse.
Les trois piliers que je vous ai prĂ©sentĂ©s dans cette Ă©dition ne sont pas trois options parmi dâautres. Ils constituent, selon moi, les bases dâune prĂ©paration efficace.
Si rien ne garantit qu'une rupture conventionnelle se passera sans accroc, arriver bien préparé vous permettra toujours de mettre toutes les chances de votre cÎté.
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Vincent đ
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